"Angola" - Lulendo
- artist:Lulendo
- country:Angola
- release year:2006
- style(s): Afro
-
formats:
- CD (Compact Disc)
- record submitted by:
- label:Buda Musique
- publisher:Nola Music
Lulendo est l'un des trop rares artistes actuels à construire une musique nouvelle et originale sur le jeu d'un instrument africain : le lamellophone likembe - ailleurs appelé sanza ou kalimba - est même « le plus africain des instruments », puisqu'aucun de ce type n'existe en dehors de l'Afrique ou de sa diaspora…
Dès l'enfance, en écoutant son grand-père, Lulendo est tombé amoureux de ce petit objet, aussi joli qu'un jouet, de « percussion mélodique » ; mais il a appris à en jouer seul, et en traite le son d'une façon très novatrice dans ce deuxième album, aussi émouvant et plus ambitieux que «A qui profite le crime ? » (Buda, 2001). De fait le likembe (que s'était déjà approprié Maurice White, le leader d'Earth, Wind & Fire) se révêle idéalement adapté à la rythmique «funky» de morceaux comme «Ayaye », «Bandeko », «Maseke» ou «Pesa ».
Réfugié à Paris depuis 1982, Lulendo se définit comme «africain d'Angola »…
«Angola » qui intitule l'album, est un hymne pacifiste qui n'a rien à envier à celui, homonyme, de Sam Mangwana, autre exilé fidèle de ce pays blessé.
Profondément marqué par la guerre civile effroyable qui l'a éloigné de son Luanda natal, le poète Lulendo exprime sa nostalgie et la douleur de la séparation avec une délicate pudeur dans une chanson comme « Maman » :
« Chaque fois que je croise une femme qui te ressemble
Mon coeur frémit…ô mon coeur , tremble !…
L'espoir m'emporte comme un vent de sable. »
Sa belle voix de ténor au falsetto ensoleillé rappelle que Lulendo a été jadis l'un des choristes de Papa Wemba. Et l'admirable « Zélie », soutenu par le gracieux piano de Lalo Zanelli - co-réalisateur de l'album ainsi que Claude Di Bongue - évoque les chefs d'uvre de la rumba originelle au temps béni de Papa Wendo.
Comme la plupart des chanteurs venus des villes d'Afrique centrale, Lulendo a vécu sa première expérience musicale au sein des chorales d'église, ce qui explique en partie l'exceptionnelle qualité polyphonique de cet album.
Mais ce second cd de Lulendo est encore plus passionnant par l'entrelacs si divers des voix avec les interventions des grands instrumentistes invités : le violon de Didier Lockwood jubile comme jamais dans «Bandeko » ; la clarinette de John Helliwell apporte une touche créole dans «Mandingo Sound » ; les accents bluesy de la pedal steel guitar jouée par Claude Samard répondent idéalement à la complainte «Maman » ; la flûte de Magic Malik, ici inspirée par celle des pasteurs Peul, tourbillonne comme un oiseau amoureux autour du likembe dans «Zibula Mbundu », tandis que chante Lulendo :
«Vivre loin des siens fait naître l'espoir fou de revoir sa terre natale
Alors ouvre ton cur, laisse le battre comme un tambour. »
Gérald Arnaud (Africultures)

